Ferle

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EMMANUEL DAYDE,HISTORIEN D’ART

Comment définir Ferle ?
« Elle peint des œuvres souvent gigantesques, ce qui peut surprendre face au sentiment de fragilité qui émane de sa personne. Mais Joan Miro par exemple, qui était de petite taille, peignait lui aussi des toiles immenses. Et si comparaison n’est pas raison, on ne peut s’empêcher de trouver un parallèle dans la même soif d’absolu, et la recherche de « constellations », d’appels interstellaires, de ces deux artistes.

 

Zao Wou-Ki

Elle arrive chez moi avec de grands rouleaux de dessins sous le bras, qu’elle a transportés dans le métro.
Elle est pâle, diaphane comme on dit en français. En chinois, on dirait « elle est comme du lait ». Je m’inquiète de sa santé, elle me répond qu’elle va bien et tout en s’excusant, elle déroule sur le sol en marchant dessus l’immense dessin dont je vois tout de suite qu’il s’agit de quatre feuilles collées ensemble. Elle utilise de l’encre de Chine rouge, qu’elle achète, dit-elle, dans une boutique de la rue Monsieur le Prince. Elle travaille à même le sol, et secoue les pinceaux sur les feuilles blanches : des signes visibles fuient à droite, à gauche, et une espèce d’écriture apparaît, sans forme dessinée, qui m’évoque la paroi d’une grotte préhistorique. Je pense à Lascaux, où la roche joue avec la forme. Je me répète intérieurement que c’est bien une écriture, mais ce n’est pas non plus un espace plat, c’est une peinture qui respire, qui cherche de la profondeur … rythmée entre le noir et le rouge. Puis il me vient clairement à l’esprit que c’est une stèle.
Ce que j’aime, c’est qu’il n’y a ni référence, ni tradition, cette façon de peindre me fait penser à la densité de la pierre, à la texture du rocher.

Jacques de Longeville

Créer, pour elle, n’est-ce pas construire ? Le propos est teinté de métaphysique. Pour être plus précis, l’humour lui est aussi nécessaire qu’un support à la peinture, car il n’est de rencontre possible que dans le détachement de soi, sachant qu’il n’est de meilleur réconfort que le regard de l’autre. Si la couleur est le propos du pigment, elle reflète la mouvance de la lumière qui éclaire l’objet comme pour le nommer. La peinture montre la vibration du monde en son perpétuel devenir. La lecture des œuvres de Ferle nous relie à cette dimension toujours à venir.

Hugo Brutin, critique d’art

Qui regarde les toiles de Ferle à partir d’un angle mathématique pourra constater qu’elles sont soigneusement construites. Parce que la toile est le chemin idéal entre passion et connaissance, entre l’élan et l’identité du coloris.
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